Ornikar
De zéro à un
Faire passer 15 000 personnes par 96 préfectures
Premier product manager, salarié nº 8 · 2014–2016 · Marketplace B2C sur un marché réglementé
Lucca : revue de salaires
Fonctionnalité
Vingt vues candidates, trois qui restent
Directeur produit à temps partagé · depuis 2023 · Nouveau module sur une suite de 13 modules et 7 800 clients
Lucca : impersonation
Pattern
Un mécanisme qui contraint le nommage, la navigation et les permissions
Directeur produit à temps partagé · depuis 2023 · Design system et patterns transverses
Lucca : rôles admin
Conseil
Un modèle de permissions qui débordait sur l'expérience admin
Design produit, cadrage, modélisation fonctionnelle · 2025, usage cible 2026 · Avec le Produit, le Customer Success et la task force rôles
UBAQ
Conseil
Un audit qui a trouvé l'organisation derrière l'interface
Audit produit, puis accompagnement · Plateforme NTU, conformité santé
Guinet-Derriaz 1912
Logiciel
Un système d'information pour un groupe qui n'en avait pas
Système d'information à partir de zéro · 2022, un an à deux jours par semaine · 100 k€ de budget
Synaxe
Conseil
Un produit capteurs qui était un produit conformité
CPO à temps partagé · 2023–2024, six mois · Suite DUNE, carrières, centrales à béton et à enrobés
monbanquet.fr
Logiciel
Un devis sur mesure en trente minutes
Directeur produit · 2017–2019 · Traiteur en ligne appuyé sur des artisans indépendants
Luko by Allianz Direct
PrototypeUn redesign non sollicité, avec les écrans
Projet perso · mars 2026 · Espace client d'assurance · Construit avec Claude en quelques heures
Le parcours
Designer d'abord, puis produit, puis code, puis direction produit, puis vingt-sept missions
Salarié nº 10, premier designer UX, 2011–2014Créer la fonction design d'un éditeur de logiciels RH et retravailler les premiers modules pour qu'ils tiennent ensemble comme une suite. Faire passer l'onboarding d'un nouveau client de trois jours d'implémentation à quarante-cinq minutes. Lancer plusieurs des produits devenus la suite Lucca.
Salarié nº 8, premier product manager, 2014–2016Passer du design au produit, sur un marché sans plateforme ni cadre légal. Le cas est plus haut.
Apprendre à construire ce que je spécifiais.
Directeur produit, 2017–2019Diriger le produit pour la première fois, dans une entreprise dont la survie dépendait d'un seul outil. Le cas est plus haut.
Refondre les tunnels d'acquisition et le CMS d'un comparateur d'offres internet à 1,2 million de visiteurs par mois sur un monolithe, tout en accompagnant le passage à une organisation produit. L'architecture de l'information est toujours celle en service.
Direction produit à la demande pour des éditeurs et des startups : audits, design systems, création de produit, simplification de parcours complexes, systèmes d'information, product-led growth. Lucca, UBAQ, Guinet-Derriaz et Synaxe sont les cas plus haut.
Formation
- Le Wagon, bootcamp développeur full stack, batch 30
- Strate, Paris, design industriel et interaction
- Grenoble École de Management, management de l'innovation
- Saint-Jean de Douai, CPGE
Écrits
- Le parti pris du logiciel, mars 2026
- Unsolicited redesign de Luko by Allianz Direct, mars 2026
- Autopsie d'un audit produit, juin 2025
- L'impersonation : anatomie d'un pattern, mars 2025
- La conformité n'est pas une fonctionnalité, novembre 2024
- Tous les articles →
Ornikar
De zéro à un
Faire passer 15 000 personnes par 96 préfectures
Premier product manager, salarié nº 8 · 2014–2016 · Marketplace B2C sur un marché réglementé
Ornikar vendait le permis sans auto-école, à une époque où la loi ne le permettait pas encore. Les élèves passaient l'examen en candidats libres, ce qui voulait dire une inscription dans l'une des quatre-vingt-seize préfectures, chacune avec ses formulaires et ses habitudes. Tout le monde y voyait un problème d'acquisition, j'y ai vu un problème d'inscription et c'est là que j'ai mis l'effort produit, contre l'avis dominant. On a commencé par faire les inscriptions à la main pour apprendre les règles, puis on les a automatisées une fois stables, avant que j'allège le parcours côté élève. Dix-huit mois plus tard, Ornikar avait 15 000 utilisateurs payants.
Le contexte
En 2014, Ornikar a quelques mois d'existence, huit salariés et déjà un procès. Les syndicats d'auto-écoles attaquent la société en avril pour exercice illégal et perdent en juin, pendant que la commission qui délivre l'agrément d'auto-école le refuse à chaque demande. L'agrément n'arrivera qu'en mars 2016, après la loi Macron. Pendant toute cette période, un élève Ornikar apprend le code en ligne, prend ses leçons avec un moniteur indépendant et passe l'examen en candidat libre : il doit être inscrit auprès de la préfecture de son département, qui lui attribue un numéro de candidat puis une place d'examen.
J'arrive comme premier product manager, rattaché aux deux fondateurs. On m'a confié l'équipe produit à monter, les parcours élèves et moniteurs, l'équipe support à créer et la chaîne d'inscription à l'examen de bout en bout.
Le vrai problème
Une startup qui vient de lever a un brief implicite, la courbe d'acquisition, sauf que le problème que je voyais dans les tickets était ailleurs. Un élève qui a payé et qui n'arrive pas à être inscrit à l'examen demande un remboursement, ouvre un ticket et laisse un mauvais avis. Il en arrivait à chaque cohorte, chacun plus coûteux qu'un élève jamais acquis.
L'inscription était difficile pour deux raisons. Les règles n'étaient écrites nulle part où nous pouvions les lire, puisque chacune des quatre-vingt-seize préfectures avait ses formulaires, ses délais et sa propre lecture des textes, qui vivaient dans la pratique des guichets plutôt que dans des documents. La population, elle, était celle de tous ceux qui passent le permis, ce qui m'interdisait de supposer quoi que ce soit de l'élève, ni son équipement, ni son aisance avec le français écrit, ni la validité de ses papiers.
Les contraintes
Une équipe de huit personnes, pas de cadre légal puisque l'agrément était refusé et les procès en cours, ce qui interdisait toute solution passant par le statut d'auto-école, quatre-vingt-seize administrations à faire fonctionner sans pouvoir leur imposer quoi que ce soit, sous le regard d'investisseurs qui attendaient une courbe de croissance plutôt qu'une équipe support.
Les options et ce que j'ai choisi
| Ce que j'ai choisi | L'alternative crédible | |
|---|---|---|
| Le pari | Mettre l'effort produit sur le parcours d'inscription, jusqu'à ce qu'un élève qui paie soit inscrit à l'examen sans notre aide. | Dépenser en acquisition pour remplir le tunnel en laissant l'inscription au support, en processus manuel. |
| Pourquoi | Sur un marché réglementé, la friction est l'indicateur avancé et la croissance suit avec du retard. Chaque cohorte acquise sur un parcours cassé aggravait le problème. | Plus rapide pour montrer une courbe et plus facile à raconter aux investisseurs, au prix de remboursements à chaque cohorte et d'une équipe support que la marketplace n'était pas censée avoir. |
| Le coût | Une croissance moins lisible pendant plusieurs mois, plus une équipe support à recruter et à payer, que j'ai dû défendre devant les fondateurs et les investisseurs. |
Ce que j'ai fait, dans l'ordre
- Faire les inscriptions à la main d'abord. J'ai monté une équipe support interne qui inscrivait les élèves un département à la fois. Le but était moins de tenir la charge que d'apprendre des règles qui n'existaient que dans la pratique des guichets.
- Automatiser chaque département une fois ses règles stables. Quand le support n'avait plus de surprise sur un département, je faisais encoder ce qu'il avait appris. Automatiser avant aurait encodé des suppositions.
- Alléger ensuite le parcours côté élève. Formulaires, documents, messages, redessinés sans rien supposer de la personne en face. Chaque étape retirée côté élève était une étape que le support avait d'abord faite à la main.
- Monter les deux équipes. J'ai recruté et dirigé l'équipe produit depuis la première embauche, ainsi que le support, que j'ai traité comme l'organe d'apprentissage du produit plutôt que comme un centre de coût.
L'ordre comptait, parce que chaque phase produisait la connaissance dont la suivante avait besoin.
Le parcours d'inscription, avant et après
- Paie
- Envoie ses documents par mail
- Le support vérifie, département par département
- Inscription à la main en préfecture
- Des semaines d'allers-retours
- Paie
- Formulaire guidé, documents vérifiés à la saisie
- Règles encodées par département
- Inscrit sans notre aide
Ce que ça a donné
Tout ce qui est décrit ici a été livré et a tourné en production. En dix-huit mois, Ornikar est passé de zéro à 15 000 utilisateurs payants, avec une chaîne d'inscription qui grandissait avec les cohortes au lieu de grandir contre elles et une charge support que la marketplace pouvait porter. Les remboursements pour inscription impossible ont cessé d'être un sujet de cohorte. En 2015, Ornikar a reçu le Trophée de design stratégique, catégorie design de services. L'entreprise a ensuite obtenu son agrément, dépassé le million d'inscrits et levé 145 millions de dollars entre 2018 et 2021, sur le socle d'inscription construit pendant ces deux ans.
Ce que j'en ai retenu
Chaque écran que j'ai conçu en supposant quelque chose de l'élève, un ordinateur plutôt qu'un téléphone, une lecture facile du français administratif, des papiers en règle, a cassé sur les cent premiers utilisateurs. C'est comme ça que j'ai appris la règle qui a ensuite décidé de l'ordre des trois phases : tant qu'une règle n'avait pas été vérifiée sur de vrais dossiers, elle n'entrait pas dans le produit.
- Expertise technique
- Encodage des règles de quatre-vingt-seize préfectures, capture et validation de documents, une chaîne d'inscription construite pour suivre les cohortes.
- Management
- Équipe produit montée et dirigée depuis la première embauche, équipe support créée et staffée, une priorisation défendue contre le réflexe acquisition devant les fondateurs et les investisseurs.
- Écosystème
- Les candidats, les moniteurs indépendants, les préfectures, les fondateurs et leurs investisseurs, sans oublier des syndicats d'auto-écoles en procès avec l'entreprise.
Méthode et références
Faire les choses à la main avant de les automatiser est le plus vieux conseil des startups, « Do things that don't scale » de Paul Graham (2013). Ici la phase manuelle servait moins à tenir la charge qu'à lire des règles écrites nulle part. Prioriser par friction retirée plutôt que par acquisition découle du marché : sur un produit réglementé, un utilisateur acquis qui échoue coûte plus cher qu'un utilisateur jamais acquis. La règle d'apprentissage qui a fixé l'ordre des phases, une hypothèse ne vaut qu'une fois confrontée à de vrais dossiers, est celle que j'ai décrite plus tard dans Vitesse et vision.
Lucca : revue de salaires
Fonctionnalité
Vingt vues candidates, trois qui restent
Directeur produit à temps partagé · depuis 2023 · Nouveau module sur une suite de 13 modules et 7 800 clients
Lucca voulait un module de revue de salaires, la campagne annuelle où les managers proposent des augmentations dans une enveloppe et où les RH consolident et tranchent. Quand j'ai repris le sujet, vingt vues candidates s'étaient accumulées, chacune demandée par un vrai client pour une vraie raison. J'en ai gardé trois, une par moment de la campagne, en renvoyant le reste vers des filtres et des exports. Le module est sorti en septembre 2024 dans Pagga Rémunération. Un modèle mental juste clarifie chaque étape, du manager qui propose au commercial qui présente, ce qui explique que cette version à trois vues se soit retrouvée en démo.
Le contexte
Lucca est un éditeur RH de treize modules, plus de 7 800 clients, qui partagent le dossier salarié, le modèle de permissions et la chaîne de validation. Un module nouveau hérite des contraintes des douze autres, comme une décision de design prise dans l'un remonte dans tous. J'y travaille depuis 2023 comme directeur produit à temps partagé, en lien direct avec le responsable de chaque suite métier. Sur ce module, j'ai travaillé avec le responsable de la suite business, la designer et les ingénieurs de l'équipe. J'avais la définition du produit et la décision de ce qu'on livre.
Ce qu'est une revue de salaires
Une fois par an, parfois deux, une entreprise décide qui est augmenté et de combien. Les managers proposent pour leur équipe dans une enveloppe, les RH et la finance consolident, vérifient les propositions contre le budget, la politique de rémunération et l'équité, une chaîne de validation clôture la campagne et la paie applique le résultat. Chaque entreprise la mène un peu différemment, par enveloppe ou par hiérarchie, par grade ou par site, en un tour ou plusieurs. Avant le module, la plupart le faisaient dans des tableurs échangés par mail.
Le vrai problème
Au moment où le design a commencé, vingt vues candidates s'étaient accumulées, dont aucune n'était fausse. Une vue par manager, une vue par enveloppe, une vue pour la réunion d'arbitrage, une vue pour la personne qui vérifie les totaux : chacune avait du sens pour le client qui l'avait demandée et aurait fait, construite seule, une fonctionnalité raisonnable. Toutes les demandes étaient légitimes, la question était plutôt ce qu'un manager peut apprendre en une seule campagne et ce qu'une RH doit pouvoir lire d'un coup quand les propositions arrivent.
Les options et ce que j'ai choisi
| Ce que j'ai choisi | Les alternatives crédibles | |
|---|---|---|
| Le pari | Garder trois vues, une par moment de la campagne, en laissant le reste à un filtre, un export ou un module qui existe déjà. | Livrer les vingt derrière une couche de configuration. Ou classer les demandes par nombre de clients et livrer le haut de la liste. |
| Pourquoi | Une campagne a peu de moments : le manager propose dans son enveloppe, les RH suivent les propositions contre le budget, quelqu'un valide et passe en paie. Une vue par moment, un manager le retient en une campagne. | La configuration déplace la décision vers un client qui a moins de contexte que nous, puis se paie trois fois : à la construction, à la mise en place, à l'usage. Le classement par demandes récompense le client le plus bruyant et produit le même étalement, plus tard. |
| Le coût | Dix-sept demandes sans écran dédié, à expliquer une par une aux clients qui les avaient faites, avec le risque qu'un cas de campagne fréquent ne tienne pas dans les trois vues. |
Ce que j'ai fait
- Cartographier la campagne telle qu'elle se mène. Pas telle que chaque client la décrivait, mais les moments où quelqu'un a besoin d'un écran pour agir.
- Trier les vingt demandes par le moment qu'elles servent. La popularité d'une demande dit qui a parlé le plus fort, alors que le moment dit ce dont la campagne a besoin. Rangées par moment, les vingt demandes tenaient presque toutes dans trois vues.
- Tenir le périmètre. Chaque vue conservée est une vue à apprendre, à maintenir et à multiplier par chaque évolution future, ce qui m'a fait porter ce refus devant le responsable de la suite à chaque nouvelle bonne raison d'élargir.
La campagne et la place des vues
- Le manager propose, dans une enveloppe
- RH et finance consolident contre le budget
- Arbitrage
- Validation et passage en paie
Une vue par moment qui en a besoin, le reste en filtre ou en export.
Ce que ça a donné
Le module de campagnes de revue de salaires est sorti dans Pagga Rémunération le 16 septembre 2024, branché sur le dossier salarié, le modèle de permissions et la chaîne de validation de la suite, avec l'export vers la paie. L'Office international de l'eau écrit sur le site de Lucca que sa première campagne lui a fait gagner deux jours de réunions avec la ligne managériale et un jour de centralisation des données. Il est aussi devenu la démo des commerciaux sans que ce soit le but, parce qu'un modèle qui se comprend en une campagne se comprend aussi en un quart d'heure de rendez-vous. On construit un produit pour qu'il se vende, mais on ne conçoit pas son cœur pour la démo.
Ce que j'en ai retenu
Créer un produit sur une suite mature, c'est surtout de la soustraction, qui se défend plus difficilement qu'un ajout parce que chaque vue retirée a un client derrière elle. J'ai tenu parce que j'avais remplacé la question « qui l'a demandé » par « à quel moment de la campagne ça sert », ce qui ramène chaque demande au besoin qu'elle traduit.
- Outils
- Figma, le design system Lucca.
- Expertise technique
- Un module branché sur le dossier salarié partagé, le modèle de permissions et la chaîne de validation, sans objet local.
- Management
- Arbitrer les demandes clients avec le responsable de la suite, tenir un périmètre contre vingt bonnes raisons de l'élargir.
- Écosystème
- Les RH et les managers des clients, l'équipe design system, les douze autres modules et l'équipe commerciale qui a repris le module en démo.
Méthode et références
Concevoir pour le processus tel qu'il se mène plutôt que tel que chaque client le décrit, c'est la lecture Jobs to be done des demandes clients, où la demande décrit une solution et le job le moment où quelqu'un a besoin d'agir. Trois vues plutôt que vingt paramétrables, c'est aussi le parti pris que Lucca prend sur chacun de ses modules : le produit fixe le comment, c'est-à-dire la structure de la campagne, tandis que le client paramètre le quoi, ses enveloppes et ses règles. J'ai développé cet arbitrage dans Le parti pris du logiciel.
Lucca : impersonation
Pattern
Un mécanisme qui contraint le nommage, la navigation et les permissions
Directeur produit à temps partagé · depuis 2023 · Design system et patterns transverses
Dans un logiciel RH, la vue d'un salarié doit couramment être ouverte par quelqu'un d'autre : un manager qui valide, une assistante qui saisit les congés d'un directeur absent, un administrateur qui cherche un paramètre. La plupart des logiciels répondent par un écran d'administration séparé, puis maintiennent deux représentations des mêmes données qui divergent. Lucca avait choisi l'autre voie dès ses premiers produits, l'impersonation, mais le savoir s'était évaporé avec la croissance des équipes. Plutôt que de laisser chaque nouvelle équipe redécouvrir ou contourner la règle, j'ai retrouvé son origine et nommé ce qu'elle impose au reste du logiciel, avant de l'écrire sous forme de pattern.
Le mécanisme, en une minute
Impersonate, en anglais, c'est prendre l'identité de quelqu'un. Le mot a pris son sens technique dans les années 1990 avec Windows NT : un processus système qui devait agir avec les droits d'un utilisateur empruntait un moment son contexte de sécurité sans devenir cet utilisateur. L'idée en dessous est une délégation temporaire et traçable. Lucca l'a transposée de l'infrastructure à l'interface. Un sélecteur de salarié dans la vue principale : la manager choisit un membre de son équipe, l'écran devient celui du salarié, avec ses données et son contexte, tandis que chaque action est tracée au nom de la manager. Techniquement c'est une liste déroulante et un changement de contexte, pour une seule vue à maintenir.
Le vrai problème
Quand j'ai repris les patterns transverses du design system en 2023, les équipes utilisaient le mot sans ses conséquences. L'impersonation avait structuré la première génération de produits, ceux sur lesquels j'avais travaillé en 2011, mais personne n'en portait plus la règle. Le symptôme, c'était des écrans d'administration qui réapparaissaient module par module, chacun raisonnable pris seul. L'écran en plus ne coûte rien le premier jour, il coûte après, de deux façons. La première est la charge de maintenance : deux représentations du même objet ont des règles d'affichage, des formulaires et des cas limites qui sont corrigés deux fois, ou une seule sans que personne sache laquelle, si bien que chaque évolution du produit se paie sur chacune. La seconde, la plus chère, est la dette conceptuelle : multiplier les vues et les cas nominaux dispense de se poser la question de la cohérence, personne ne tranche ce qu'est l'objet, comment il se nomme et qui peut le voir puisque chaque écran a sa réponse locale, jusqu'à ce que la question revienne, plus tard, sur un logiciel qui a grandi dessus.
Ce que l'impersonation impose au reste du logiciel
Le mécanisme n'a rien de compliqué, ce que les équipes avaient perdu de vue, c'est tout ce qu'il impose au reste du logiciel. Si la vue principale d'un salarié peut être ouverte par quelqu'un d'autre, elle ne peut plus s'appeler « Mes congés » ou « Mon planning », le possessif cesse de fonctionner dès qu'une manager la regarde pour un membre de son équipe. Il faut des noms qui décrivent la ressource ou l'opération, « Demandes », « Planning », « Compte », ce dont la nomenclature sort plus claire pour tout le monde. Le menu ne peut plus être organisé en vue salarié, vue manager, vue admin, puisque l'impersonation efface cette frontière : il suit les étapes du processus métier, les permissions décidant de ce qui est visible. Enfin, l'auteur d'une action se distingue du propriétaire de la donnée : quand une assistante saisit un congé pour un dirigeant, l'absence appartient au dirigeant et la saisie est attribuée à l'assistante. Ça paraît évident une fois dit, pourtant les logiciels qui n'ont pas d'impersonation le modélisent rarement.
| L'impersonation dans la vue principale | Une vue séparée par rôle | |
|---|---|---|
| Le coût | Chaque vue doit supporter d'être regardée par quelqu'un d'autre : noms neutres, navigation par workflow, auteur et propriétaire modélisés à part. | Un écran de plus et une entrée de menu de plus, ce qui ne coûte rien le premier jour. |
| Ce qu'on obtient | Une représentation de chaque objet. La manager voit exactement ce que voit le salarié, donc le support, la formation et les rapports de bug parlent du même écran. | Deux représentations qui divergent, une maintenance qui double et une question de cohérence que personne n'a plus à se poser. |
Les options et ce que j'ai choisi
| Ce que j'ai choisi | Les alternatives crédibles | |
|---|---|---|
| Le pari | Écrire la règle comme un pattern, au sens de Christopher Alexander : contexte, problème, forces, solution, conséquences. Un document que les product managers lisent avant qu'un écran existe. | Un composant de design system. Ou une spec fonctionnelle qui décrit le sélecteur de salarié. Ou ne rien écrire et corriger module par module. |
| Pourquoi | La règle ne tient ni dans un composant ni dans une spec : c'est un principe d'architecture qui se décide à la conception, bien avant Figma. Ce qu'il fallait transmettre, ce sont les forces, pour que des gens qui n'étaient pas là puissent trancher les cas que je n'avais pas prévus. | Un composant fige le mécanisme et laisse partir les conséquences. Une spec décrit un écran. Corriger module par module se paie à chaque module sans empêcher le suivant de refaire l'erreur. |
| Le coût | Du temps de mission passé sur un document sans livrable visible, à défendre comme du travail produit, pour un texte qui ne protège rien tant qu'il n'est pas lu. |
Ce que j'ai fait
- Remonter à l'origine du mécanisme. Jusqu'à Windows NT et jusqu'aux premiers produits Lucca où il avait été la règle.
- Nommer ce qu'il impose. Les trois conséquences ci-dessus, avec les exemples concrets tirés des modules existants.
- L'écrire et le faire circuler. Le pattern dans le design system comme référence partagée des product managers, l'article pour l'extérieur.
Une vue, deux personnes
- Connectée en son nom
- Choisit un salarié
- Voit la vue du salarié : Demandes, Planning, Compte
- Agit, l'action est tracée en son nom, pour lui
Aucun écran d'administration séparé à construire, à nommer ou à garder synchronisé.
Ce que ça a donné
Conçu et diffusé : le pattern est dans le design system, où les product managers des suites l'ont comme référence, l'article est sorti en mars 2025. Un pattern se juge sur des années, au nombre d'écrans d'administration qui ne sont pas construits.
Ce que j'en ai retenu
Chaque logiciel contient des choix de conception qui ne ressemblent pas à des fonctionnalités et qui déterminent la forme de toutes celles à venir. Les identifier et les écrire est probablement le travail de design le plus rentable sur un produit mature, mais aussi celui qu'on fait le moins, parce qu'il ne produit rien de visible et qu'il demande de comprendre le logiciel comme un tout. J'ai dû défendre ce temps comme du travail produit, ce que je referais.
- Outils
- L'écriture. Le document de pattern et l'article.
- Expertise technique
- Changement de contexte de sécurité, attribution dans la piste d'audit, modèle de permissions et leurs conséquences sur l'architecture de l'information.
- Management
- Transmettre un principe d'architecture à des équipes qui grandissent plus vite que la mémoire institutionnelle.
- Écosystème
- Les équipes produit et le design system de Lucca, puis tout logiciel B2B ou B2E où plusieurs rôles travaillent sur les mêmes données.
Méthode et références
La forme du pattern de Christopher Alexander, A Pattern Language (1977), utilisée pour ce à quoi elle sert : rendre explicites les forces derrière une solution récurrente, pour que des gens qui n'étaient pas là puissent l'appliquer. Le texte complet est dans L'impersonation : anatomie d'un pattern. L'impersonation est aussi un exemple de ce que j'appelle un parti pris du logiciel : une décision d'architecture prise une fois pour tous les modules, qui retire un choix aux équipes suivantes au lieu de le leur laisser.
Lucca : rôles admin
Conseil
Un modèle de permissions qui débordait sur l'expérience admin
Design produit, cadrage, modélisation fonctionnelle · 2025, usage cible 2026 · Avec le Produit, le Customer Success et la task force rôles
Le modèle de permissions de Lucca pouvait représenter presque n'importe quelle règle d'accès RH, une souplesse qui débordait sur l'expérience admin : un administrateur devait reconstruire le modèle dans sa tête pour le configurer. Le brief naturel était de simplifier l'écran des rôles. J'ai proposé autre chose : garder le moteur, changer le modèle mental et les parcours. Un rôle principal pour la fonction normale d'un salarié, des accès complémentaires pour les exceptions et une friction proportionnelle au risque sur les permissions sensibles. C'est une vision et une doctrine écrites en 2025 avec une task force Produit et Customer Success, pour un usage en 2026.
Le contexte
Dans un logiciel RH, l'accès à une information n'est pas un booléen. La même opération peut être autorisée sur soi-même, sur les personnes qu'on supervise, sur un département, sur plusieurs entités légales ou sur toute l'entreprise, la permission effective étant la combinaison de ce qu'un utilisateur peut faire et de sur qui il peut le faire. Le modèle de Lucca couvrait tout ça, du cas simple, « un manager voit son équipe », aux configurations multi-applications, multi-entités, temporaires ou sensibles. Les administrateurs clients le configurent, les consultants Customer Success le déploient, les responsables sécurité en répondent. J'ai travaillé sur le sujet en 2025 avec le Produit, le Customer Success et une task force rôles. J'ai tenu le cadrage, la modélisation fonctionnelle et l'architecture d'usage cible. Le guide des rôles qui en est sorti a été écrit à trois.
Le vrai problème
Le mémo du Customer Success décrivait les irritants moment par moment, ce qui m'a fait chercher le problème dans le cycle de vie d'un client plutôt que dans l'écran. À la création d'une instance, il faut une doctrine et il n'y en avait pas. À l'ajout d'une application, il faudrait intégrer ses permissions dans les rôles existants, une opération assez fastidieuse pour qu'on crée à la place un rôle secondaire mono-application par utilisateur, si bien que chaque application vendue ajoutait de la dette de configuration : c'était le coût du cross-sell. Au remplacement d'un salarié ou à l'arrivée d'un membre du CSE, il faut un objet d'exception, or le seul disponible ressemblait à un rôle normal. À l'audit enfin, la question la plus fréquente, « pourquoi cette personne voit-elle cette donnée », coûtait plus cher à répondre que la configuration n'avait coûté à faire, parce que la réponse se reconstruisait à partir de plusieurs rôles et que les journaux ne se lisaient ni par utilisateur ni par rôle.
Deux choses ont cadré le travail. Le libellé d'une permission décrivait une action, pas tout ce à quoi elle ouvrait l'accès, si bien qu'une permission pouvait sembler juste pour un besoin métier et exposer des données personnelles. Un signal du Customer Success donnait la cible : dans à peu près neuf cas sur dix qu'ils observaient, un utilisateur aurait eu besoin d'un seul rôle multi-applications, ce qui suffisait pour concevoir le chemin nominal autour d'un seul rôle.
Les contraintes
Il fallait garder tout l'éventail fonctionnel, parce que les clients avancés couvrent de vrais cas complexes, toucher le moins possible au modèle de données pour que la migration reste abordable sur des milliers d'instances en production, ne pas confondre simplifier et supprimer les exceptions, qui existent dans la réalité des entreprises, prévenir les erreurs de sécurité sans rendre pénibles les opérations ordinaires, le tout dans une doctrine que des consultants et des administrateurs clients peuvent appliquer, pas seulement l'équipe produit.
Les options et ce que j'ai choisi
| Ce que j'ai choisi | Les alternatives crédibles | |
|---|---|---|
| Le pari | Garder les objets techniques, clarifier à quoi sert chacun, ajouter un attribut structurant, la criticité, puis reconstruire les parcours autour du cas majoritaire. | Simplifier l'écran des rôles, ce qui était le brief. Ou une refonte à neuf : nouvelle taxonomie, groupes de sécurité, politiques, un moteur par attributs. |
| Pourquoi | Un écran plus propre sur le même modèle réduit la charge visuelle et laisse le risque structurel intact, alors que le modèle historique portait une vraie valeur métier, ce qui faisait passer la meilleure simplification par une asymétrie d'usage et des garde-fous plutôt que par moins d'objets. | La refonte est plus propre sur le papier et déplace le problème vers la migration, la compatibilité et le coût de transformation. |
| Le coût | Un projet plus difficile à vendre qu'un nouvel écran, parce qu'il change une doctrine plutôt qu'une interface, avec un héritage à assumer : des configurations historiques dont on ne connaît pas la criticité et qu'il a fallu accepter de laisser en « inconnu » plutôt que de trancher arbitrairement. |
Ce que j'ai fait
- Recadrer le problème. De « simplifier l'écran des rôles » à « changer le modèle mental », en partant des cinq moments du cycle de vie où le modèle faisait mal.
- Modéliser les objets. Le rôle principal devient la fonction normale d'un salarié : les permissions ne définissent pas le rôle, c'est la fonction qui définit les permissions nécessaires. Les rôles secondaires deviennent des accès complémentaires, réservés aux situations temporaires, exceptionnelles ou à petite population. Tous les managers partagent un rôle Manager, ceux qui gèrent les notes de frais recevant un accès en plus plutôt qu'un rôle « Manager avec frais ».
- Introduire la criticité. Lire des données ordinaires de son équipe, lire des données personnelles, traiter des données de gestion et changer la configuration de l'instance ne portent pas le même risque, donc l'interface change de comportement avec lui au lieu d'espérer que l'administrateur s'en souvienne.
- Concevoir les garde-fous, sur tous les chemins. Les permissions de gestion n'entrent pas dans un rôle non critique, l'ajout en masse à un rôle critique est bloqué ou limité, un import CSV passe les mêmes validations que l'action équivalente dans l'interface, sinon l'écran est sûr et le système ne l'est pas.
- Séquencer le déploiement d'une application. Des accès temporaires pour l'installation et les tests, la validation client, la fusion dans les rôles principaux à la mise en production, le nettoyage.
- Retourner l'investigation. Une vue des habilitations qui part d'une personne et remonte aux sources de ses droits, des journaux lisibles par utilisateur, rôle, permission et modification, un diagnostic qui signale les utilisateurs sans accès, les grandes populations exposées et les rôles quasi redondants.
| Criticité | Ce que ça couvre | Comportement |
|---|---|---|
| Par défaut | Les permissions ordinaires de l'usage quotidien. | Ajoutée en une étape. |
| Supervision | Les données non sensibles de son équipe. | Ajoutée en une étape. |
| Sensible | Des données personnelles ou sensibles. | Friction dans un rôle non critique. |
| Gestion | Des données de gestion à conséquences réelles. | Rôles critiques seulement. |
| Configuration système | Des actions qui changent le fonctionnement de l'instance. | Friction même dans un rôle critique. |
Installer une nouvelle application
- Installer
- Retrouver chaque rôle auquel les nouvelles permissions appartiennent
- Ou créer un rôle secondaire par utilisateur
- Dette de configuration pour de bon
- Installer avec des accès temporaires
- Configurer et tester
- Le client valide permissions et populations
- Mise en production : fusion dans les rôles principaux
- Nettoyage
Ce que ça a donné
Le résultat est une proposition : l'architecture d'usage cible, le guide des rôles écrit avec la task force comme doctrine partagée entre le Produit, le Customer Success et les clients, les wireframes des parcours de friction et de la vue des habilitations, la stratégie de migration. C'est une vision 2025 avec un usage cible en 2026. Les mesures qui suivront la direction sont définies : la part d'utilisateurs avec un seul rôle principal, le nombre d'accès complémentaires par utilisateur, le temps et les erreurs pour ouvrir les accès d'un nouvel arrivant, les accès temporaires encore présents quelques jours après une mise en production, le temps pour répondre à « pourquoi cet utilisateur a-t-il ce droit ». Deux points restaient ouverts à la fin de mon intervention : la discovery du module de diagnostic et le traitement exact des rôles dont la criticité ne peut pas être déduite.
Ce que j'en ai retenu
Quand un modèle historique porte de la valeur métier, la meilleure simplification n'est pas toujours d'avoir moins d'objets, ici c'était une asymétrie, un socle normal et une couche d'exceptions, avec des garde-fous qui suivent l'effet d'une action plutôt que l'écran par lequel on arrive. L'autre chose que je garde, c'est la classe « criticité inconnue » : moins confortable qu'une classification automatique, mais la seule qui ne fasse pas mentir le système sur des configurations historiques.
- Outils
- Wireframes des parcours de friction, le guide des rôles écrit avec la task force.
- Expertise technique
- Modèle d'autorisation : opérations, périmètres, permissions, rôles, habilitations, un attribut de criticité, validations à l'import, journaux lisibles par plusieurs axes.
- Management
- Une task force entre le Produit et le Customer Success, une doctrine écrite pour être appliquée par des consultants et des administrateurs clients.
- Écosystème
- Les administrateurs clients, le Customer Success, les responsables sécurité, treize modules et le poids réglementaire des données RH.
Méthode et références
La sécurité par l'interaction plutôt que par la documentation : au lieu d'espérer que l'administrateur se souvienne qu'une permission est dangereuse, l'interface change de comportement avec le risque. Le reste est de la modélisation de domaine, tenue près du moteur existant pour garder le coût de migration bas. Au fond, un modèle de permissions qui peut tout représenter est un logiciel sans opinion, la complexité du métier ne disparaît pas, elle est déplacée vers l'administrateur sous forme de configuration. Le rôle principal et les accès complémentaires sont une façon de la reprendre à notre compte, l'arbitrage que je décris dans Le parti pris du logiciel.
UBAQ
Conseil
Un audit qui a trouvé l'organisation derrière l'interface
Audit produit, puis accompagnement · Plateforme NTU, conformité santé
UBAQ édite NTU, la plateforme qui déclare les liens d'intérêt entre laboratoires et professionnels de santé. L'équipe sentait l'interface travailler contre elle et avait vu plusieurs correctifs ne pas tenir. Le cadrage tenait en une phrase : comprendre ce qui ne va pas et dire quoi faire. J'ai choisi cinq entretiens internes et une revue de l'application, sans tests utilisateurs ni analytics. Les défauts d'interface étaient les symptômes d'une entreprise sans expertise produit, d'une roadmap tirée par les migrations et de correctifs rapides qui nourrissaient les suivants. J'ai recommandé sur trois registres, interface, compétences et process, pour que repeindre ne soit pas la seule issue.
Le contexte
UBAQ vend des logiciels de conformité réglementaire aux industriels de la santé. NTU gère la transparence des liens d'intérêt entre laboratoires et professionnels de santé, dans le cadre de la loi d'encadrement des avantages. Un logiciel de conformité est acheté parce que la loi l'impose et gardé si les gens qui l'utilisent tous les jours y retrouvent leur travail, ce qui donnait son poids à l'interface. Les clients étaient en cours de migration depuis l'ancien produit, un risque de churn à la fois, vers une interface qui leur compliquait la vie. Il n'y avait pas de profil UX dans l'entreprise et l'équipe produit vivait en mode pompier. L'audit m'a été commandé via Grandwork. J'ai fait seul la méthode, les entretiens, le diagnostic et les recommandations, puis les maquettes de correction et la roadmap revue avec l'équipe.
Le choix de la preuve
La première décision d'un audit, c'est ce qu'on regarde. Le réflexe serait de proposer des tests utilisateurs et de demander les analytics, ce que je n'ai pas fait.
| Ce que j'ai choisi | Ce que j'ai écarté | |
|---|---|---|
| Preuve | Cinq entretiens internes avec des profils différents et ma propre revue de l'application en recette. | Tests avec les utilisateurs finaux, analytics, heatmaps. |
| Pourquoi | Les entretiens croisent ce que les gens croient que l'outil fait avec les contraintes sous lesquelles ses constructeurs travaillaient, un écart où se logent les angles morts. | Sur un produit B2B de niche avec peu d'utilisateurs actifs, le signal quantitatif est surtout du bruit, tandis que les tests auraient confirmé des symptômes que l'équipe voyait déjà. |
| Le coût | Un diagnostic qui repose sur cinq personnes et mon regard, sans chiffre à opposer à un désaccord, sur un périmètre volontairement étroit qui laisse de côté les décisions métier et la couverture fonctionnelle pour ne regarder que pourquoi ce qui existe se comporte mal. |
Premier niveau : ce que l'interface montrait
L'exemple le plus net est un objet que le système appelle « manifestation ». Pour le modèle, c'est une seule chose. Pour les commerciaux qui l'utilisent, c'en est trois, des événements, des dons et des contrats, derrière lesquels ils pensent en dépenses et en clients. Le modèle technique a été simplifié au détriment du modèle mental de ceux qui l'utilisent tous les jours, ce que Don Norman appelle le gouffre d'évaluation. Le reste de la liste est du même ordre : un kanban sans glisser-déposer et à étapes non linéaires, un tableau déguisé qui promet un flux qu'il ne montre pas, un menu dont les entrées changeaient avec l'état d'un objet métier, des formulaires qui mélangent quatre types d'information et deux flux métier sur un seul écran, denses par refus de choisir.
Deuxième niveau : pourquoi ça a tenu
Chacun de ces points aurait pu être corrigé seul. La question utile était pourquoi le kanban était dans cet état alors que l'équipe le savait défaillant. Les entretiens ont remonté aux mécanismes. Chaque demande client devenait une fonctionnalité sans question de valeur : l'équipe recevait des solutions à construire, jamais des problèmes à résoudre, ce qui est le test le plus simple pour distinguer une organisation informatique d'une organisation produit. La roadmap était pilotée par la migration des clients de l'ancienne solution, une gestion du churn au coup par coup qui sacrifie les clients de demain à la rétention d'aujourd'hui. Sans expertise UX ou produit dans la pièce, chaque fonctionnalité atterrissait là où elle était la moins chère à construire. Le mécanisme s'entretient tout seul, puisque chaque correctif rapide ajoute de la complexité, que la complexité augmente la pression et que la pression pousse vers des correctifs plus rapides.
Ce que j'ai recommandé
Un audit qui s'arrête à l'interface produit une liste de corrections, utile et fragile : si les conditions qui ont produit les problèmes persistent, ils reviennent sous d'autres formes en quelques mois. J'ai donc recommandé sur trois registres en rendant explicite qu'ils ne sont pas indépendants, pour que le commanditaire choisisse en connaissance de cause à quelle profondeur il intervient.
| Registre | Ce que ça change | Pourquoi pas seul |
|---|---|---|
| Interface | Des objets qui correspondent aux concepts métier. Une vue construite pour le vrai flux au lieu du kanban. Une navigation stable. Des formulaires dégroupés. | Repeindre un mur dont les fondations bougent : les mêmes causes reconstruisent la même interface. |
| Compétences | De l'expertise UX et produit, recrutée, empruntée ou développée. | Mieux diagnostiquer des problèmes que personne n'a le temps de traiter. |
| Process | Un cadre de priorisation, une sortie du mode réactif, du temps protégé pour la cohérence. | Un cadre que personne n'a le temps d'appliquer reste un document. |
Ce que pensent les utilisateurs et ce que le système leur montrait
- Dépenses
- Clients
- Événements, dons, contrats, gardés séparés
- Un objet : « manifestation »
- Trois concepts regroupés
- Un kanban sans flux
- Un menu qui change avec les données
Ce que ça a donné
J'ai livré le diagnostic à deux niveaux, les recommandations sur trois registres, puis les maquettes de correction et une roadmap revue. La refonte de la navigation a démarré sur ces recommandations et l'accompagnement s'est prolongé sur l'exécution avec l'équipe produit. La suite a montré que le diagnostic organisationnel était le levier le plus utile : l'équipe a pu arbitrer autrement parce qu'elle avait des mots pour nommer ce qui coinçait au-delà de l'interface.
Ce que j'en ai retenu
Un problème d'interface qui a survécu à plusieurs correctifs est un problème d'organisation, ce qu'il est délicat de dire au commanditaire parce qu'il a commandé un diagnostic d'interface. Cinq entretiens suffisent quand on les mène comme une enquête sur les mécanismes plutôt que comme une collecte de souhaits.
- Outils
- Entretiens, revue de l'application en recette, maquettes.
- Expertise technique
- Modèle de domaine contre modèle mental, architecture de navigation, la lecture d'un kanban qui est un tableau déguisé.
- Management
- Sortir une équipe du mode réactif : un cadre de priorisation, du temps protégé pour la cohérence, le diagnostic organisationnel dit à voix haute.
- Écosystème
- La conformité santé, les laboratoires pharmaceutiques, la loi d'encadrement des avantages, l'équipe produit d'un éditeur B2B de niche.
Méthode et références
Le gouffre d'évaluation de Don Norman, The Design of Everyday Things, pour le premier niveau. Pour le second, chercher les causes des causes avant de décider quoi faire de l'interface. Le raisonnement complet est dans Anatomie d'un audit produit. Deux autres textes donnent le fond. La conformité n'est pas une fonctionnalité décrit ce qui fait qu'un logiciel réglementaire est acheté pour la loi et gardé pour l'usage. Vous n'avez pas besoin d'un Product Manager porte sur la différence entre une équipe qui reçoit des solutions et une équipe qui reçoit des problèmes.
Guinet-Derriaz 1912
Logiciel
Un système d'information pour un groupe qui n'en avait pas
Système d'information à partir de zéro · 2022, un an à deux jours par semaine · 100 k€ de budget
Un groupe industriel du marbre, quatorze carrières, une dizaine de millions d'euros de chiffre d'affaires, des ventes dans plusieurs pays, mais aucun système d'information. Les commandes vivaient dans des tableurs individuels et personne ne pouvait dire ce qui était en stock, dans quelle carrière, sous quel nom. On me demandait des outils pour les commerciaux et pour les opérations. J'ai commencé par le catalogue produit, parce que le nom sous lequel un client commande et le nom que la production utilise n'avaient rien en commun et que rien en aval ne pouvait s'automatiser avant que ce soit réglé. Ensuite j'ai choisi des éditeurs plutôt que de construire. Au bout d'un an à deux jours par semaine et cent mille euros, le groupe chiffrait, suivait et livrait depuis un référentiel partagé.
Le contexte
Guinet-Derriaz extrait et transforme de la pierre depuis 1912. En 2022, le groupe a quatorze carrières, des clients à l'étranger et fonctionne sur des fichiers par équipe : les commerciaux chiffrent sur une version du catalogue, les opérations travaillent sur une autre, si bien qu'aucune question qui traverse deux équipes n'a une seule réponse. Je suis rattaché à la direction du groupe, seul profil produit, avec les commerciaux, les opérations et les carrières comme interlocuteurs. J'avais tout le système d'information, du catalogue aux outils, dans une enveloppe de cent mille euros et deux jours par semaine pendant un an.
Le vrai problème
On me demandait des outils, un pour les commerciaux, un pour les carrières, vite. Le problème que j'ai trouvé en dessous, c'est qu'un bloc de marbre change de nom entre le moment où un client le commande et le moment où la production le traite et que quatre versions du catalogue circulaient. Un outil construit sur ces quatre versions aurait échoué au premier désaccord entre deux équipes, qui aurait renvoyé tout le monde aux tableurs. Tant que le catalogue n'était pas réglé, ni le stock, ni les devis, ni les livraisons ne pouvaient être automatisés.
Les options et ce que j'ai choisi
| Ce que j'ai choisi | Les alternatives crédibles | |
|---|---|---|
| L'ordre | Le catalogue d'abord, la base de données ensuite, les outils en dernier. | Commencer par les outils demandés en normalisant le catalogue au fil de l'eau. |
| Construire ou acheter | Choisir des éditeurs pour les outils de vente et d'opérations, posés sur le référentiel. | Développer sur mesure, ce qui à ce budget aurait donné un outil et demi. |
| L'irrégulier | Faire tourner sur Excel et Airtable les processus encore trop irréguliers pour être automatisés, jusqu'à ce que leurs règles soient assez claires pour être encodées. | Les forcer tout de suite dans un outil, en encodant des règles que personne ne connaissait encore. |
| Le coût | Les outils que les gens attendaient sont arrivés en dernier, après des mois passés sur un catalogue que personne n'avait demandé, un ordre que j'ai dû tenir devant des équipes qui voulaient voir quelque chose. |
Ce que j'ai fait, dans l'ordre
- Formaliser le catalogue produit. Une description de chaque produit sur laquelle les commerciaux, les opérations et les carrières sont d'accord, avec la correspondance entre le nom commercial et le nom de production.
- Construire la base de données partagée. La pièce la moins visible et celle dont tout dépend, livrée avant que quiconque voie un outil.
- Sélectionner les outils plutôt que les construire. Pour la vente et pour les opérations, posés sur la même donnée.
- Laisser l'irrégulier sur Excel et Airtable. Jusqu'à ce que les règles soient assez claires pour être encodées, en décidant ce qui ne serait pas construit, ce qui à ce budget était le principal levier.
L'ordre du travail
- Catalogue produit, formalisé
- Base de données partagée
- Outils pour les commerciaux
- Outils pour les opérations
Les outils étaient demandés en premier, le catalogue a été construit en premier.
Ce que ça a donné
Au bout de l'année, le groupe chiffrait, suivait ses commandes et livrait depuis un référentiel partagé au lieu d'une douzaine de fichiers privés. Les commerciaux, les opérations et les carrières travaillaient sur la même donnée, ce qui donne une seule réponse à une question qui traverse deux équipes.
Ce que j'en ai retenu
À budget fixe, la séquence décide de ce qui existe à la fin. Un référentiel construit en premier est ce qui permet à chaque outil suivant d'être petit, donc achetable plutôt que développé. L'autre chose, c'est qu'un tableur reste la bonne réponse tant qu'un processus n'a pas de règle stable et que vouloir l'automatiser trop tôt coûte plus cher que de l'attendre.
- Outils
- Un référentiel produit et sa base de données, des éditeurs pour la vente et les opérations, Excel et Airtable pour ce qui n'était pas encore automatisable.
- Expertise technique
- Modélisation d'un catalogue pour un produit physique et variable, un système d'information à partir de rien, la sélection d'éditeurs.
- Management
- Un an à deux jours par semaine avec un budget fixe : discipline de périmètre et dire non aux outils demandés en premier.
- Écosystème
- Les carrières, des clients internationaux, les commerciaux, les opérations, un groupe familial qui découvre le logiciel.
Méthode et références
Le référentiel avant les outils, acheter avant de construire, laisser un processus sur tableur tant que sa règle n'est pas connue. Le premier point, je l'appelais unicité dans un rapport de stage de 2010 : la cohérence du système, l'interopérabilité de ses composantes et une représentation simple du tout pour l'utilisateur. Le dernier est le revers du parti pris du logiciel : encoder une règle est un pari sur la bonne façon de faire, qu'on ne prend pas tant qu'on ne connaît pas la règle.
Synaxe
Conseil
Un produit capteurs qui était un produit conformité
CPO à temps partagé · 2023–2024, six mois · Suite DUNE, carrières, centrales à béton et à enrobés
DUNE, la suite de Synaxe pour les carrières, les centrales à béton et les centrales à enrobés, se vendait comme une surcouche logicielle de capteurs sur les camions : savoir ce que le camion transporte et où il est. Les entretiens avec les exploitants ont montré que leur difficulté était de prouver ce qu'ils faisaient, plus que de le mesurer. Un site qui ne peut pas déposer ses déclarations de déchets ne peut plus rien recevoir. J'ai argumenté le repositionnement vers un outil de gestion et de conformité, puis, avec deux développeurs, livré l'outil de facturation, du ticket de pesée à la facture, ainsi que l'outil de conformité déchets. Les deux ont amené de nouveaux contrats et des renouvellements.
Le contexte
Synaxe édite DUNE, utilisée par des exploitants de carrières, de centrales à béton et de centrales à enrobés, avec Colas et Heidelberg Materials parmi ses clients. Le produit était présenté comme une couche logicielle au-dessus de capteurs installés sur les camions. J'y suis intervenu six mois comme CPO à temps partagé, avec les fondateurs et l'équipe d'ingénierie. J'ai mené les entretiens avec les exploitants, la définition du produit, les maquettes et les spécifications, puis la livraison de deux outils avec deux développeurs.
Le vrai problème
Le pitch parlait de mesure, de meilleurs chiffres sur les flux de matériaux, alors que les exploitants que j'ai interrogés parlaient d'autre chose. Ils déplacent des matériaux, dont des déchets, dans un cadre réglementaire qui n'a pas été écrit pour ce qui se passe sur un site, avec des obligations qui s'empilent, déclarations d'acceptation préalable, bordereaux de suivi, registres, Trackdéchets. Leur difficulté quotidienne était moins de savoir ce qu'ils avaient fait que de le prouver après coup à un inspecteur ou à un donneur d'ordre, sachant qu'un site qui ne peut pas déposer ses déclarations ne peut plus rien recevoir. La donnée existait dans la pratique et ne pouvait pas être transformée en preuve. Chez le client, la conformité a une ligne budgétaire, alors que de meilleurs chiffres n'en ont pas.
Les options et ce que j'ai choisi
| Ce que j'ai choisi | L'alternative crédible | |
|---|---|---|
| Le pari | Repositionner DUNE en outil de gestion et de conformité pour les sites, en le construisant tout de suite : la facturation, du ticket de pesée à la facture, puis la conformité déchets. | Garder le positionnement capteurs et améliorer la mesure, avec la conformité comme module de plus. |
| Pourquoi | C'est le problème que les exploitants achètent : sur le marché B2B français la conformité est le ticket d'entrée, la direction imposant l'outil pour respecter la loi avant que l'opérateur le réclame. Livrer deux outils qui tournent en six mois valait aussi mieux qu'une stratégie que l'équipe aurait dû interpréter après mon départ. | Un marché où le client ne voit pas de ligne budgétaire, avec un pivot qui n'aurait été qu'un document. |
| Le coût | Le pitch capteurs, sur lequel l'entreprise s'était construite, passe au second plan, pendant que six mois de deux développeurs vont dans des outils de gestion plutôt que dans la mesure. |
Ce que j'ai fait
- Interroger les exploitants. Ce qu'ils font sur un site, ce qu'ils doivent prouver, à qui, ce qui se passe quand ils ne peuvent pas.
- Recadrer le problème, de technique à réglementaire. L'argument présenté aux fondateurs venait des entretiens plutôt que d'une conviction.
- Concevoir et spécifier. Les maquettes et les spécifications des deux outils, pour que l'équipe ait quelque chose à construire.
- Livrer avec deux développeurs. L'outil de facturation, du ticket de pesée à la facture, puis l'outil de conformité déchets, dans les six mois.
Avant et après
| Tel que vendu | Tel que repositionné | |
|---|---|---|
| Produit | Une surcouche de capteurs sur les camions. | Un outil de gestion et de conformité pour les sites. |
| Problème | Technique : la donnée n'est pas capturée. | Réglementaire : la donnée existe dans la pratique et ne peut pas devenir une preuve. |
| Valeur | De meilleurs chiffres. | Une facture juste et un dossier défendable quand l'inspecteur arrive. |
Ce que ça a donné
Les deux outils sont en production chez des clients et ont amené de nouveaux contrats et des renouvellements. Le repositionnement est un choix des fondateurs, que j'ai argumenté à partir des entretiens.
Ce que j'en ai retenu
Des entretiens menés comme une enquête plutôt que comme une liste de souhaits donnent le problème que le client paie. Un pivot, lui, n'existe que s'il produit quelque chose : ce qui a compté ici, c'est moins la présentation du repositionnement que les deux outils qui tournaient à la fin des six mois.
- Outils
- Entretiens, maquettes, spécifications.
- Expertise technique
- Du ticket de pesée à la facture, des données de site transformées en registres de conformité, les obligations déchets comme exigences produit.
- Management
- Mener un repositionnement avec des fondateurs en six mois et livrer avec deux développeurs.
- Écosystème
- Les exploitants de carrières et de centrales, les majors du BTP comme clients, le régulateur et ses inspecteurs.
Méthode et références
Des entretiens d'exploitants menés comme une enquête, puis un avant-après qui nomme ce qu'on a mis de côté. Ce que cette mission m'a appris sur ce qui se vend dans le logiciel B2B français est dans La conformité n'est pas une fonctionnalité, publié en novembre 2024 : on achète pour la conformité et on garde parce qu'on en retire quelque chose. C'est pour ça que l'outil de facturation, du ticket de pesée à la facture, est sorti en même temps que le registre de conformité plutôt qu'après.
monbanquet.fr
Logiciel
Un devis sur mesure en trente minutes
Directeur produit · 2017–2019 · Traiteur en ligne appuyé sur des artisans indépendants
Monbanquet livrait des buffets d'entreprise préparés par un réseau d'artisans indépendants, donc chaque commande dépendait de fournisseurs que nous ne contrôlions pas et chaque devis était sur mesure. Un devis mettait des jours à sortir et pouvait être juste sur le papier mais impossible à livrer. J'ai conçu un générateur qui met les contraintes à l'intérieur de la génération, la marge, le picking, les livraisons, la charge de chaque cuisine à cette date, pour qu'un commercial ne voie jamais un menu que l'opération ne peut pas tenir. Un menu personnalisé en trente minutes là où la concurrence mettait des jours, un tunnel d'acquisition en hausse de moitié et un CEO qui dit que c'est ce qui a sauvé l'entreprise.
Le contexte
Monbanquet, créé en 2016, vendait des buffets d'entreprise préparés par plus de soixante-dix artisans sélectionnés. En janvier 2020, quand B2B Food Group l'a racheté, la société avait servi 500 000 convives sur 10 000 événements. J'y ai dirigé le produit de 2017 à 2019, rattaché au CEO, avec l'équipe commerciale, les opérations et les ingénieurs. L'outil commercial était à moi, de la formulation du problème à la version livrée.
Le vrai problème
Un traiteur qui ne cuisine pas lui-même vit sur des promesses. Chaque commande est un devis sur mesure qui doit tenir la marge en respectant des contraintes que personne ne voit d'un coup : ce que chaque artisan peut produire ce jour-là, le picking, les tournées de livraison, la charge de chaque cuisine à cette date. Un commercial qui rédige un devis n'a aucun moyen de savoir lequel est impossible. Les devis sortaient donc en plusieurs jours, vérifiés par les opérations après coup, retravaillés ou refusés, pendant que les clients attendaient un menu que la concurrence, elle, envoyait.
Les options et ce que j'ai choisi
| Ce que j'ai choisi | Les alternatives crédibles | |
|---|---|---|
| Le pari | Un générateur de devis avec les contraintes à l'intérieur de la génération, pas vérifiées après. | Un catalogue de menus fixes, plus rapide à vendre et moins rentable. Ou garder le sur-mesure et accélérer la validation par les opérations. |
| Pourquoi | Un devis est une promesse que l'opération doit tenir à cette date. Si l'outil sait ce que l'opération sait, le commercial ne peut plus promettre l'impossible, le délai disparaissant avec l'aller-retour. | Le catalogue fixe renonçait à ce qui différenciait Monbanquet. Accélérer la validation gardait le problème, en plus vite. |
| Le coût | Un générateur qui dit parfois non aux commerciaux, payés sur ce qu'ils signent, ainsi qu'une petite équipe qui a passé son temps à modéliser des contraintes de cuisine plutôt qu'à faire des écrans. |
Ce que j'ai fait
- M'asseoir avec les commerciaux et les opérations. La liste de ce qui rendait un devis impossible une fois envoyé est sortie de là : la marge, le picking, les livraisons, la charge des cuisines.
- Mettre ces contraintes dans la génération. Le générateur ne propose que des menus que l'opération peut livrer ce jour-là, à une marge qui tient.
- Livrer et mesurer sur le tunnel. Un devis en trente minutes, l'effet lu sur le tunnel d'acquisition.
Un devis, avant et après
- Demande du client
- Le commercial ébauche un menu
- Les opérations vérifient, des jours plus tard
- Retravail ou refus
- Devis envoyé
- Demande du client
- Générateur : marge, picking, livraisons, charge des cuisines à l'intérieur
- Menu en trente minutes
- Commande que l'opération peut livrer
Ce que ça a donné
Les commerciaux l'utilisent tous les jours et les opérations ont cessé de retravailler des devis déjà envoyés. Un menu personnalisé en trente minutes là où la concurrence mettait plusieurs jours. Le tunnel d'acquisition en hausse de cinquante pour cent, le chiffre que nous suivions à l'époque. « C'est ce qui a sauvé l'entreprise », selon le CEO. B2B Food Group a racheté Monbanquet en janvier 2020.
Ce que j'en ai retenu
Mettre les contraintes dans la génération plutôt que dans une validation après coup, c'est la méthode, qui vaut au-delà des buffets parce qu'un outil de vente qui ignore ce que l'opération sait produit des promesses. Le plus difficile n'a pas été l'interface mais de faire dire aux cuisines ce qu'elles savaient sans l'avoir jamais écrit.
- Expertise technique
- Génération sous contraintes, calcul de marge, capacité par cuisine et par date.
- Management
- Directeur produit dans une petite équipe, autant sur le plateau commercial et en cuisine que sur le produit.
- Écosystème
- Des artisans indépendants, des cuisines, des clients entreprises, une équipe commerciale payée sur ce qu'elle signe.
Méthode et références
Aller chercher les contraintes là où elles sont, chez ceux qui les subissent, pour les mettre dans l'outil plutôt que dans une étape de contrôle. Un générateur qui refuse un menu est un logiciel qui prend position à la place du commercial, ce qui le rend rapide puisque chaque décision prise par l'outil est une décision de moins pour l'utilisateur. J'ai développé l'argument dans Le parti pris du logiciel.
Luko by Allianz Direct
PrototypeUn redesign non sollicité, avec les écrans
Projet perso · mars 2026 · Espace client d'assurance · Construit avec Claude en quelques heures
Je suis client Luko depuis des années. Un jour où j'avais besoin d'une attestation de responsabilité civile, il m'a fallu ouvrir le contrat, trouver le bon accordéon, comprendre les types d'attestation, puis générer le document. J'ai refait l'espace client de mon propre chef, avec Claude, en quelques heures, à partir d'une règle : un assuré se connecte pour obtenir un document ou déclarer un sinistre. Tout ce qui ne sert pas ces deux choses disparaît, sauf l'offre, qui reste entière et devient une fonctionnalité au lieu d'une publicité. Deux parcours reconstruits de bout en bout, un prototype en ligne et le seul cas de cette page dont les écrans m'appartiennent.
Pourquoi celui-ci est ici
Les redesigns non sollicités ont été une mode Dribbble il y a dix ans et ont été critiqués à juste titre : concevoir sur un coin de table sans les contraintes réelles du produit, c'est trop facile. J'inclus celui-ci quand même, d'abord parce que c'est le seul travail de cette page dont les écrans m'appartiennent, tout le reste étant sous confidentialité, ensuite parce qu'il montre ce que je fais quand personne ne me paie. J'en ai parlé avec un ancien de l'équipe Luko, qui a confirmé le diagnostic : après le rachat par Allianz Direct, l'équipe avait beaucoup changé et les décisions produit étaient devenues difficiles à faire construire.
Le vrai problème
J'ai fait trois constats. Sur le positionnement, l'espace client mélangeait un outil de gestion et un canal d'acquisition sans hiérarchie, la vente passant avant le service pour des gens venus se faire servir. Sur la confiance, le chat passait en anglais quand il plantait, des pages presque vides se chargeaient lentement et un rafraîchissement pouvait renvoyer une erreur 503 avec la page en texte brut, bandeau cookies compris. Sur la hiérarchie, les documents vivaient à trois endroits, les blocs de l'accueil se lisaient comme des pages marketing, l'invitation à la newsletter était plus visible que les contrats et une bannière Allianz Travel suivait l'utilisateur jusque dans le formulaire d'attestation. Le modèle de l'utilisateur, « je gère mon assurance », ne correspondait pas à l'architecture, « voici nos offres ».
La règle et son coût
| Ce que j'ai choisi | L'alternative crédible | |
|---|---|---|
| Le pari | Une seule règle : un assuré se connecte pour obtenir un document ou déclarer un sinistre. Les bannières et l'invitation à la newsletter sortent. L'objectif de vente croisée reste entier et change de forme : une section « S'assurer » qui présente l'offre comme un service, au même niveau que les contrats. | Garder l'architecture, trois onglets et des bannières, en améliorant le visuel et les libellés. |
| Pourquoi | Sur un espace client, le bruit se paie en appels au support et en assurés qui abandonnent. Une publicité adressée à des gens venus se faire servir agace, alors qu'exposer l'offre, c'est exposer le service : un assuré qui découvre qu'il peut couvrir son voyage ou sa voiture au même endroit y gagne autant que l'assureur. | Un habillage ne change pas le job que l'espace essaie de faire, alors que c'est ce job qui était faux. |
| Le coût | Un redesign non sollicité ignore les contraintes que je ne connais pas : obligations légales d'affichage, système d'information de l'assureur, ce que les bannières rapportent peut-être aujourd'hui. C'est un raisonnement avec des écrans, à confronter à ces contraintes avant d'être un produit. |
Ce que j'ai fait
- Auditer en trois constats. Positionnement, confiance, hiérarchie, ci-dessus.
- Itérer trois fois, un principe à chaque fois. La divulgation progressive : le sinistre démarre sur l'accueil par le choix du bien, les actions apparaissent dans le contexte de chaque contrat. Le wording comme interface : « ajouter un contrat » devient « s'assurer », la vente croisée devenant une section de l'accueil, Voyage et Auto avec ce que chaque offre couvre, à la place des bannières et d'un bouton générique qui ne promettait rien. La proximité : l'onglet Documents disparaît, les documents appartiennent à leur contrat, le profil se range sous l'avatar et la navigation passe de trois onglets à aucun.
- Reconstruire les deux parcours de bout en bout et mettre le prototype en ligne. L'accueil, l'assistant de déclaration de sinistre et le parcours d'attestation sont cliquables sur dist-neon-delta-32.vercel.app.
La vente croisée, gardée comme une fonctionnalité
L'objectif business n'a pas bougé : un assuré habitation est un client pour le voyage et l'auto. Ce qui a changé, c'est la forme. Les bannières, qui suivaient l'utilisateur jusque dans le formulaire d'attestation, sont remplacées par une section « S'assurer » sur l'accueil, au même niveau que les contrats, avec deux entrées, Voyage et Auto, et pour chacune ce qu'elle couvre. Une carte vide « Assurer un autre logement » ferme la liste des contrats. Vue du business, la contrainte semble s'opposer à l'expérience. Vue avec un peu de métier, elle s'y incorpore, parce qu'exposer l'offre, c'est exposer le service, et qu'un assuré qui découvre qu'il peut couvrir son voyage au même endroit y gagne autant que l'assureur. C'est toute la différence entre une publicité et une fonctionnalité.
Déclarer un sinistre : du contrat au problème
Aujourd'hui, déclarer un sinistre suppose de trouver d'abord le bon contrat, puis un lien enfoui dans ses sous-menus, ce qui présume que l'utilisateur pense en numéros de contrat plutôt qu'au problème qu'il a. Le redesign part du problème, sur l'accueil, avec un assistant en cinq étapes, bien, type, détails, photos, confirmation, qui ne renvoie jamais l'utilisateur vers un contrat.
Obtenir une attestation : de cinq interactions à trois
Depuis l'accueil, l'utilisateur clique, choisit le contrat et voit d'un coup les quatre types d'attestation, responsabilité civile, scolaire, location de salle, location de vacances, avec leur cas d'usage en sous-titre. Un clic télécharge le PDF. Le parcours actuel prend cinq interactions, un scroll et un accordéon.
La vue contrat : tout au même endroit
Chaque contrat a sa page : adresse, statut, dates et prix annuel en haut, puis le sinistre pour ce bien, puis les attestations de ce contrat, puis ses documents avec leurs dates, puis les garanties, les personnes assurées et le paiement en accordéons. L'original disperse tout ça entre l'accueil, un onglet Documents et les sous-pages du contrat. Le redesign met chaque information dans le contexte qui lui donne son sens.
Ce que ça montre
Un prototype en ligne, avec deux parcours reconstruits de bout en bout. L'argument métier est celui de n'importe quel espace client : moins d'appels au support, moins d'assurés qui abandonnent et une offre qui se vend parce qu'elle est présentée comme un service, à la place des bannières. Le raisonnement et les écrans sont là, le cas complet est dans Étude de cas : redesign de Luko avec Claude.
Ce que j'en ai retenu
L'audit, les itérations et les écrans ont été produits avec Claude en une courte session. C'est la règle posée avant d'ouvrir l'outil qui fait le cas, sans elle le même outil aurait produit un habillage. Le raisonnement reste le travail, l'outil le rend seulement peu coûteux à montrer. En mars 2025, j'écrivais dans Paradoxe de Solow et IA qu'on utilise surtout les LLM pour faire plus vite ce qui existe déjà. Ce cas n'y fait pas exception : la vitesse a rendu l'exercice possible en quelques heures, elle n'a rien changé au raisonnement. L'autre chose que je garde, c'est le sort de la vente croisée : une contrainte business qui ressemble à un ennemi de l'expérience devient une fonctionnalité dès qu'on la traite comme un service à exposer plutôt que comme une publicité à placer.
- Outils
- Claude, pour l'audit, les itérations et les écrans.
- Expertise technique
- Architecture de l'information d'un espace client d'assurance, un prototype qui fonctionne.
- Management
- Aucun. Un projet perso.
- Écosystème
- Un ancien de Luko et les assurés d'un assureur après un rachat.
Méthode et références
Le principe qui a guidé la suppression est celui de Gmail a deux choses à nous apprendre : la qualité d'une interface se mesure à ce qu'on ne peut plus lui enlever, chaque élément affiché devant porter une intention. Le point de départ est un billet publié sur LinkedIn, le cas complet, avec les écrans, est dans Étude de cas : redesign de Luko avec Claude.
Les cas complets et les articles sont sur gildas.fyi. Je peux dérouler n'importe lequel de ces cas en visio.